Arnou architectes

Frères et architectes, Simon et Pierre Arnou ont fondé leur agence en 2019 autour d’une conviction forte : l’architecture est déjà là. Leur terrain d’intervention est celui du bâti existant, dans toute sa diversité : caserne désaffectée, usine en friche, fort militaire, ancien hôpital. Chaque lieu, chargé d’histoires, devient pour eux un support d’exploration, un potentiel à révéler. Face aux défis climatiques, sociaux et territoriaux, leur posture est claire : intervenir avec mesure, dans le respect du lieu et des ressources, pour prolonger la vie des bâtiments sans les figer. Travailler dans l’existant est pour eux une évidence, une manière responsable de faire architecture aujourd’hui : construire moins, mieux transformer.

Leur approche est diagnostique plutôt que stylistique. Chaque projet naît d’un regard précis sur ce qui est là : qualités, matériaux, orientations, usages possibles. À travers ce regard, ils définissent des stratégies simples, souvent discrètes, toujours pensées pour durer. Leur architecture ne cherche pas l’effet, mais l’équilibre. L’architecture est pour eux un acte collectif dont le duo fraternel est le socle. Leur complicité professionnelle repose sur des trajectoires complémentaires : diplômés de l’ensa Nantes et de l’ensa Bretagne, l’un formé à l’artisanat via le compagnonnage puis au patrimoine via Chaillot, l’autre formé à la rigueur Suisse et aux pratiques de concours. Ensemble, ils élaborent une posture professionnelle à la fois critique et constructive, nourrie d’une culture du bâti, d’un goût pour le détail, d’un sens de la responsabilité.

La matière est au cœur de leur démarche. Ils privilégient les matériaux peu transformés, locaux, biosourcés, issus du réemploi quand cela est possible. À Nantes, les cheminées en briques d’une ancienne caserne, menaçant ruine, sont concassées et utilisées pour former un béton de site à l’identité singulière. À Angers, des murs en moellons sont isolés par des fibres végétales, respectueuses de la respiration des murs. Au Fort de Cormeilles, le robinier, espèce invasive, devient ressource, débité sur place et utilisé dans le projet.

La frugalité technique guide leur conception. Les Arnou s’éloignent du solutionnisme technologique pour privilégier des dispositifs passifs dont l’inertie ou la ventilation naturelle. Mais leur frugalité ne rime jamais avec austérité : elle se double d’une générosité spatiale, d’un sens aigu du confort et des usages. À Clermont-Ferrand, ils profitent de la réhabilitation de l’Hôtel-Dieu pour offrir à tous les logements un espace extérieur inédit, transformant la distribution en atout architectural.

Être architecte, pour eux, c’est aussi transmettre et dialoguer. Le chantier devient une étape centrale du projet : un moment d’apprentissage mutuel et d’ajustement collectif. Ils défendent une mission complète comme condition d’une œuvre bien menée, du premier relevé jusqu’à la dernière pierre.

Chez Arnou architectes, chaque projet devient un palimpseste. L’intervention contemporaine y trouve sa juste place, en respectant les précédentes vies du cadre bâti tout en apprêtant celles à venir. Le duo d’architectes ne cherche pas à signer des gestes mais à laisser des empreintes humbles, et profondément maîtrisées. Lauréats des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes 2023 (AJAP), Simon et Pierre Arnou appellent à une architecture responsable où chaque trait de crayon engage un avenir. Ainsi, leur travail affirme que faire architecture aujourd’hui, c’est aussi savoir ne pas faire, c’est œuvrer à prendre la mesure de ce qui préexiste pour ajuster l’acte de bâtir.

Texte de Pauline Ouvrard
Photo de Vincent Jacques

socle

Entre urbanisme, architecture et pédagogie, l’atelier socle s’inscrit depuis les prémices de sa création dans une approche transversale. La posture des trois associé·es, Noémie Corbel, Adrien Ory et Estelle Sauvaître, témoigne d’une attention aux contextes d’intervention, d’un engagement profond pour la réhabilitation du patrimoine ordinaire, la valorisation des savoir-faire locaux et l’écoute des expériences quotidiennes des habitant·es.

Convaincu·es que les espaces déjà construits seront le support de l’habiter de demain, les membres de socle développent des projets qui prennent soin de l’existant et en révèlent les singularités, qu’il s’agisse de bâtiments, de paysages, d’espaces publics ou de dynamiques sociales. Leur pratique s’appuie sur un diagnostic attentif, intégrant dimensions matérielles et immatérielles, et sur des processus participatifs impliquant tou·tes les acteur·rices des projets. Chaque intervention est ainsi considérée comme un outil d’accompagnement, de médiation et de création de dialogue, associant élu·es, habitant·es, associations et artisan·es afin de faire émerger des solutions collectives et adaptées, en mêlant le déjà-là à leur expertise plurielle d’architectes et d’urbanistes.

socle agit principalement dans des territoires ruraux et des petites villes, avec des maîtrises d’ouvrage publiques, associatives ou privées. Leur territoire d’intervention se déploie principalement en Pays de la Loire et en Bretagne, mais aussi au-delà. Dans chacune de leurs interventions, iels privilégient l’usage de matériaux biosourcés, la réutilisation et le réemploi, considérant l’architecture et l’urbanisme comme des actes de soin et de transformation durable. Il en résulte des projets ancrés et sobres, à l’échelle du territoire, dont l’essence même est partagée avec les acteur·rices locaux·ales. L’agence intervient à toutes les échelles et maîtrise les jeux d’emboîtement du micro à l’urbain : plan-guide, études pré-opérationnelles, réhabilitations, extensions, aménagements d’espaces publics, résidences, ateliers de concertation et actions de médiation.

Elle a par exemple piloté le plan-guide de Langon, articulant diagnostics sensibles et programmation urbaine, mené la réhabilitation de l’ancienne gare de Sucé-sur-Erdre transformée en tiers-lieu, accompagné la transformation d’une ancienne gendarmerie en logements sociaux au Grand-Fougeray, ou encore réhabilité une maison de bourg en salle de spectacle associative et communale à Guillac. Ces projets illustrent leur capacité à mêler expertise architecturale et approche participative pour redonner sens et usages aux lieux existants.

La genèse de socle remonte à la rencontre des trois architectes pendant leurs études à l’ensa Nantes, qui les mène à collaborer lors du concours Europan 14 en 2017, sur la gare d’Evreux en Normandie. Alors tout juste diplômé·es, il et elles voient en Europan une manière de continuer à expérimenter autour du projet en architecture et urbanisme. Cette dynamique collective initie une pratique réflexive et engagée sur le métier d’architecte. La richesse de leurs parcours individuels, croisant urbanisme, réhabilitation, éco-construction et pédagogie, leur offre une matière à penser qu’ils et elles enrichissent par des références théoriques et des pratiques opérationnelles, notamment lors de résidences architecturales à Bournezeau et Combrit.

À travers leurs projets et leur méthode de travail, socle affirme une architecture et un urbanisme de terrain, attentifs aux patrimoines ordinaires et à leur potentiel d’usage. Leur démarche se nourrit d’immersions sur le terrain, permettant de développer une vision prospective traduite en actions concrètes, qui révèlent et renforcent les liens entre lieux et habitant·es. socle construit des espaces capables d’évoluer et de participer à l’émergence de nouveaux communs.

Leur engagement est celui d’une agence qui se veut « base » : un socle pour accompagner les transitions nécessaires face aux enjeux contemporains, valoriser l’existant et co-construire un avenir sobre et convivial.

Texte de Jean Favreau
Photo de Vincent Jacques

Loom architecture

Loom architecture

Chloé Massot et Eloïse Couapel forment avec Nathalie Debray l’agence Loom architecture, créée en 2015 suite à la reprise d’une précédente structure. Respectivement diplômées de l’ensa Bretagne et de l’ensa Paris-La Villette, elles développent une expertise fine dès leur formation dans les techniques et matériaux d’écoconstruction. Suite à une rencontre décisive avec les architectes Philippe Madec et Loïc Daubas pendant ses études, Chloé Massot se spécialise dans la terre crue. De son côté, Eloïse Couapel participe à des chantiers participatifs de restauration patrimoniale, valorisant l’apprentissage et la transmission de savoir-faire artisanaux. Investies dans plusieurs réseaux et résolument engagées pour une pratique plus collective de l’architecture, elles se croisent lors d’événements associatifs et décident naturellement de travailler ensemble, puis de s’associer.

Au sein de Loom, elles partagent une pratique ancrée dans une réflexion profonde sur l’impact social et environnemental de l’acte de construire. Portées par l’idée de contribuer à la redynamisation des espaces ruraux, elles envisagent leur métier comme un engagement situé, en prise directe avec les territoires et les réseaux qui les font vivre. Cette démarche se traduit notamment par le déménagement récent de leur agence dans le centre-bourg de Sucé-sur-Erdre, au nord de la métropole nantaise. Elles y réinvestissent une ancienne épicerie, où elles installent leurs bureaux ainsi qu’un rez-de-chaussée ouvert sur la commune, mis à disposition d’associations et d’événements variés.

Leur approche repose aussi sur une exigence de frugalité, de dialogue et d’ouverture. Cela se traduit par un processus de conception systématiquement collégial et mené en collaboration avec le paysagiste Pierre Grelier, leur permettant de porter une attention particulière à l’échelle urbaine et environnementale des projets. Elles privilégient la proximité géographique ainsi que leur connaissance des ressources locales : matériaux, savoir-faire, acteurs. L’utilité sociale et l’impact local sont aussi des critères déterminants, tout comme celui d’éviter toute construction neuve sur démolition, cherchant, lorsque c’est possible, à infléchir les programmes pour préserver l’existant. Si elles interviennent sur une pluralité d’échelles et de programmes, elles tiennent particulièrement à ceux de taille modeste, qui leur offrent une grande liberté et richesse d’expérimentation.

Leur pratique est aussi marquée par une réflexion sur la matérialité, pensée dans le respect des personnes qui la mettent en œuvre, l’utilisent ou la produisent. La conception part de ce qu’elles « glanent » à proximité des sites d’intervention. Selon elles : « avec la terre, vient la lenteur du séchage » — une remarque qui incarne bien leur pratique comme un contrepoint sensible à l’emballement du marché de la construction, et qui leur permet d’interroger toute la chaîne de production d’un bâtiment.

L’architecture qu’elles développent se caractérise par des projets à la fois surprenants, inventifs et fédérateurs. Leur travail est un tissage patient entre matières, savoirs et contextes, où le chantier devient un moment d’apprentissage partagé entre artisans, usager·ères et décideur·euses. Le travail contextuel approfondi qui les distingue leur permet de proposer des interventions élégantes et joyeuses, démontrant que la réhabilitation ou le réemploi peuvent se transformer en un terrain de jeu fertile, où la mise en valeur de l’existant et son dialogue avec des éléments nouveaux prennent tout leur sens.

Texte de Lucile Garnier
Photo de Vincent Jacques

Fleuve

La production de l’agence Fleuve est diversifiée, simple, sobre, régionaliste, et elle est avant tout profondément ancrée dans un territoire, les terres d’Ancenis. Martin Priarollo – le fondateur de l’agence – fait le choix de développer une pratique d’architecte généraliste en milieu rural, un peu comme un architecte-agriculteur qui travaille la terre qu’il habite dans une démarche à la fois pragmatique, intuitive, et pleine de relations – avec le vivant, le paysage, les habitant·es, les travailleurs et travailleuses connexes, les collègues voisin·es. Installé dans une boutique du centre de la petite ville, il rayonne dans le pays d’Ancenis, privilégie les déplacements à pied ou à quelques minutes de voiture.

Dans chaque projet, Fleuve répond aux « devoirs » auxquels le site l’engage : un respect de l’échelle du site et du paysage, et une mise en valeur de l’existant, des ressources et des savoir-faire locaux. En phase d’étude préliminaire – la plus importante du projet selon lui –, l’architecte travaille longuement à l’implantation en rapport avec le site et avec les besoins exprimés par les client·es. Il interroge au cas par cas le programme, les surfaces et les ambiances, multiplie les réunions au domicile des particuliers pour faire émerger un récit de projet au moyen des outils de l’architecte. Il dessine, mobilise des références, fabrique d’épaisses maquettes de site en mousse et de fines maquettes volumétriques en bristol ; mais surtout, Martin Priarollo s’accorde à lui et à ses client·es du temps pour que le projet mature et que ses points saillants prennent corps.
Le projet rejette toute complexité ; les détails dessinés sont simples, les matériaux sont employés bruts et tant que possible issus des filières bio- et géosourcées, et les modes constructifs choisis sont déjà éprouvés. Y est développée une radicalité de la souplesse et de l’humilité : si l’essence du projet est communiquée à l’ensemble des entreprises impliquées pour les y associer, les remises en questions, concessions, réadaptations, toutes bienvenues, vont et viennent dans le temps long du projet. Les échanges interindividuels croisent croquis spontanés de détails et références au projet dans son ensemble. Par souci d’économie de matière et d’énergie, Fleuve compose avec les erreurs de réalisation des artisans ; il intègre ces accidents au projet comme des éléments contextuels.

Dans les mois qui viennent, l’agence espère s’agrandir un peu pour être en mesure de répondre à des commandes de petits équipements publics en centre-bourg sur son territoire, et poursuivre le développement de maisons de ville en dent-creuse ou en réhabilitation, tout en multipliant les projets à vocation sociale. Il souhaite d’autre part mettre à contribution sa vitrine remplie de maquette au service d’une forme de permanence architecturale, notamment à destination des jeunes publics.

Avec Fleuve, Martin Priarollo réalise son rêve d’enfant : il fabrique de grosses cabanes sur les terres qui l’ont vu grandir et auxquelles il est attaché.

Texte de Marie Tesson
Photo de Vincent Jacques

Figura

Figura - JAPL 2025

Par son nom, Figura raconte sa méthode. C’est par l’identification et l’invention de figures que l’architecte Judith Busson et le designer François Cattoni développent depuis 2019 une architecture contextuelle, dépouillée et précise. Elles sont formelles, typologiques, techniques, ou territoriales, et traduites par l’intermédiaire de dessins, de schémas, de modélisations, de métaphores ; les figures dialoguent et les concepteur·rices les manient pour composer l’architecture dans son milieu. La forme est le fruit d’un cheminement intellectuel qui passe aussi par le volet conceptuel et par l’écrit.

Ce travail réflexif, Figura l’entretient au cours des projets, au contact des acteur·rices impliqué·es, mais aussi par le biais de concours d’idées, une pratique fondatrice de la démarche de l’agence. Ces appels à propositions ouvrent une temporalité et permettent certaines recherches et réflexions communes qui enrichissent l’ensemble de la production. Passionné d’architecture, le duo d’associé·es de Figura puise l’inspiration dans un travail de fond complémentaire à la pratique de conception. Il se nourrit de voyages, de visites d’expositions, de biennales et de lectures. Un·e visiteur·euse attentif·ve saura trouver dans le dénuement et la lisibilité anatomique de l’architecture de Figura des liens avec la démarche de l’école belge contemporaine – dVVT, Mamout, Central, V+, Dierendonck blancke, BC architects –, l’esthétique du courant brutaliste, ou la mouvance chinoise – Vector, Neri & Hu, Tao +C, GOA, O-office.

Au-delà des figures, il y a le dialogue. La parole est un outil précieux que Figura a appris à manier tant avec la maîtrise d’ouvrage que les entreprises. Forte de ses compétences combinées à l’échelle urbaine, en architecture et en design de process, l’agence s’est spécialisée dans la réflexion autour de la ville productive, notamment à travers le nécessaire travail de densification des zones d’activités économiques en vue de l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) des sols à l’horizon 2050. Elle propose des missions d’accompagnement de ses commanditaires dans l’optimisation des process industriels qui permettent tant d’améliorer les conditions de travail, la productivité que la qualité architecturale et urbaine des zones d’activités. Par ces conseils, l’agence aide sa maîtrise d’ouvrage à réduire les surfaces bâties, l’artificialisation des sols et la consommation de matériaux de construction.

Sur le chantier, Judith Busson et François Cattoni œuvrent à la mise en place d’une discussion entre les entreprises. Leur objectif : que les détails constructifs habituellement dissimulés derrière des parements soient suffisamment bien réalisés pour les rendre visibles et ainsi économiser la matière de camouflage. Pour ce faire, ils développent les outils – dessins, maquettes de détails constructifs – et les temps de travail collectif nécessaires à une bonne compréhension des objectifs qualitatifs et à la communication et la collaboration entre les différents corps d’états. Ils veillent à ce que chaque artisan prenne en compte les besoins des autres avant la réalisation des ouvrages.

Pour le futur, Figura se concentre sur le développement autant théorique que pratique de l’agence. L’enjeu immédiat reste l’accès à la commande publique et la consolidation de la démarche de l’atelier en termes de ville productive. François Cattoni espère dans quelques années obtenir lui aussi l’habilitation à la maîtrise d’œuvre en son nom propre en tant qu’architecte après la reprise de ses études.

Texte de Marie Tesson
Photo de Vincent Jacques

Bientôt

Bientôt - JAPL 2025

Bientôt, agence d’architecture et d’urbanisme fondée en 2021, développe une pratique multi-site depuis Nantes (44), Vierzon en Centre-Val-de-Loire (18) et Rennes (35). Composée de six architectes diplômé·es de l’ensa Nantes entre 2016 et 2018 – Jérémy Binard, Delphine Charnacé, Gautier Martin, Charles Poulain, Tifenn Taillandier et Gabriel Violleau – elle s’est structurée autour d’une horizontalité revendiquée qui reflète une posture collective. L’équipe s’est rencontrée à l’école puis retrouvée progressivement à Vierzon comme point de départ d’une pratique multiple. Cette implantation singulière, hors des métropoles, est le fruit d’un engagement pour investir les territoires ruraux, peu denses, et particulièrement les petites et moyennes villes françaises. Bientôt œuvre ainsi pour la revitalisation de ces milieux souvent déconsidérés et sous-dotés en ingénierie et en maîtrise d’œuvre. Ils accompagnent les collectivités, associations, entreprises ou habitant·es dans des démarches de projet situées et adaptées.

Cette équipe pluridisciplinaire place l’écoute et la co-construction au cœur de sa pratique. Son engagement se manifeste par une attention particulière aux usages et aux récits locaux, une approche qui privilégie la réhabilitation, valorise l’existant et interroge les programmes initiaux avec les maîtrises d’ouvrage pour mieux les calibrer. L’agence promeut l’usage de matériaux biosourcés et le développement de filières locales durables, comme en témoigne son implication dans le réseau Échobat et Envirobat en région Centre-Val de Loire.

Son investissement au service de ces territoires s’est construit autour de projets variés, de la programmation urbaine à la maîtrise d’œuvre complète. Bientôt travaille en amont (études pré-opérationnelles, diagnostics, concertations) comme en aval (réhabilitation et construction), considérant que le rôle de l’architecte dépasse l’acte de bâtir. Elle développe des démarches participatives et inclusives, illustrées par des projets tels que la halle paysagère de Legendia Parc, née d’un dialogue étroit avec la maîtrise d’ouvrage, et le relais petite enfance de Vierzon, conçu en terre-paille avec un fort accompagnement pédagogique et environnemental des acteurs du projet. Autour de Vierzon, l’ancrage local de Bientôt est également caractérisé par le projet associatif du SHAB (le Bureau des Surfaces Habitables), fondé en 2021, qui explore et interroge les pratiques de l’architecture et de l’urbanisme depuis une ville moyenne. Le SHAB devient ainsi une boîte à outils complémentaire à l’exercice du métier d’architecte-urbaniste au quotidien en proposant des chantiers participatifs, des résidences de recherche, des ateliers pédagogiques, des expositions et rencontres professionnelles pour partager des savoir-faire et réflexions sur l’évolution des territoires peu denses.

Bientôt se distingue par sa capacité à adapter ses méthodes aux réalités locales, travaillant sur des commandes souvent limitées en moyens, avec un souci constant d’équité et de qualité. L’agence s’attache à révéler la singularité de chaque contexte, développant des solutions qui dépassent le cadre traditionnel de l’architecture pour intégrer programmation, médiation et auto-construction. Par son implantation dans la « diagonale du vide »
qui invite à travailler d’une nouvelle manière pour dépasser les logiques de projet des aires métropolitaines, et nourrit par son engagement écologique et social, les membres de Bientôt inventent une pratique spécifique et joyeuse pour réinvestir des territoires où les architectes ont, plus qu’une place à prendre, un rôle à jouer.

Texte de Jean Favreau
Photo de Vincent Jacques

Atelier iso

Atelier iso - JAPL 2025

Créé en 2022, l’Atelier iso est le fruit d’un long compagnonnage entre ses fondateur·ices, Fostine-Kenza Tlemsani et Arthur Bourgeois Lacarra, tous·tes deux formé·es à l’ensa Paris-La Villette. Lié·es par une même exigence constructive et une volonté commune de renouer avec les gestes de la fabrication, leur première collaboration se noue dès les études autour d’un projet d’autoconstruction d’une maison d’hôte de 50m² en ossature bois. Ils réalisent leur diplôme conjointement en suivant les enseignements hérités de l’architecte Jean Harari, puis travaillent dans différentes agences parisiennes, où il et elle se forment à des échelles de projets variées et à la question de la production de logements en centre urbain.

A rebours de ces expériences, l’Atelier iso naît d’un désir partagé de s’ancrer et de s’engager en territoire rural. Inspiré·es par des pionniers comme Bernard Quirot ou Simon Teyssou, motivé·es par l’idée de faire par eux-mêmes et de s’extraire des logiques métropolitaines, les deux membres d’Atelier iso s’installent en Vendée où ils comptent ancrer leur quotidien, leur pratique et d’où ils tirent leur engagement.

Leur lieu de vie, une maison en bois et pierre de pays au coeur d’un hameau villageois, leur offre une première opportunité de projet qu’ils réalisent en autoconstruction. Ce premier chantier pose les bases d’une pratique sobre et rigoureuse, nourrie par une attention au détail et un attachement profond au territoire.

Oeuvrant principalement pour des communes de moins de 10 000 habitant·es, l’engagement de l’atelier en faveur des territoires ruraux s’ancre dans une démarche politique et écologique en faveur de la densification et de l’intensification de ces lieux de vie. Pour ses membres, choisir de s’installer en milieu rural prend également racine dans la revendication de leur rôle actif dans l’accompagnement des dynamiques locales, en travaillant au plus près des petites maîtrises d’ouvrage, des artisans et des entreprises locales, souvent peu accoutumés aux rouages des marchés publics. Cette forme singulière de « permanence » sur le territoire leur permet d’instaurer une relation de confiance et de transmettre une culture constructive.

Leur pratique suppose ainsi une médiation constante : ouvrir des possibles, rendre intelligibles les processus techniques, articuler les savoir-faire traditionnels avec les exigences contemporaines de performance et de qualité. Cette proximité n’est ni une posture naïve ni une forme de repli, mais bien une manière d’assumer la complexité d’un projet architectural dans des contextes souvent peu dotés en ressources humaines ou techniques. Ainsi à leurs yeux, concevoir un petit équipement public ou une maison communale dans un bourg rural peut se révéler plus exigeant que la gestion d’un projet de plus grande envergure. C’est pourquoi l’atelier choisit de travailler des programmes d’équipements publics modestes mais structurants pour le développement local des communes.

L’Atelier iso se démarque également par l’attention toute particulière portée aux savoir-faire techniques et à la précision des détails constructifs. Leurs projets témoignent d’une recherche de cohérence et d’économie de moyens : volumes généreux, simplicité formelle ou matériaux bruts. Les architectes inscrivent également leur démarche dans un engagement écologique lié à l’utilisation de matériaux biosourcés en mettant souvent à l’honneur le bois et la fibre de bois. Le dessin de leurs plans et de leurs coupes est souvent guidé par la rigueur du tracé régulateur, leur permettant de faciliter la mise en oeuvre lors du chantier.

Texte de Lucile Garnier
Photo de Vincent Jacques

Atelier du Ralliement

Atelier du Ralliement - JAPL 2025

Fondé par François Massin Castan en 2020, l’Atelier du Ralliement développe sa pratique sur la transformation du bâti existant et la production architecturale à faible impact environnemental. La posture de l’agence se fonde sur des engagements complémentaires qui permettent à chaque maîtrise d’ouvrage de trouver une réponse adaptée selon son budget et ses besoins. Les projets sont élaborés à partir d’une méthodologie attentive aux données sensibles des usagers et de chaque situation, grâce à des documents co-rédigés explorant les habitudes, les rituels, les envies et désirs. Les curseurs écologiques sont poussés au maximum, ils constituent une base immuable des projets et ne sont pas remis en question, même pour des pistes d’économies. La flexibilité se joue à d’autres niveaux, l’atelier favorise l’autoconstruction accompagnée, les chantiers participatifs, l’expérimentation et le phasage des projets comme leviers d’économie et d’appropriation. Un temps long consacré à l’étude permet d’affiner les projets, trouver des solutions sur-mesure et garantir leur cohérence économique, constructive et écologique.

Les projets de l’Atelier du Ralliement s’inscrivent principalement dans des transformations de l’habitat individuel et cherchent à dépasser la logique pavillonnaire en réinscrivant ces lieux dans un rapport vivant et commun au territoire.

Travaillant autant en milieu rural qu’en milieu urbain dense, en Pays de la Loire ou en Bretagne, l’atelier s’attache à faire émerger des potentialités cachées de chaque situation en considérant les ressources matérielles et humaines existantes pour concevoir des transformations singulières et conservant un ancrage. Fort de projets primés, l’atelier aspire à diversifier ses échelles et commanditaires tout en conservant son ancrage dans l’habitat, terreau de ses expérimentations. Il vise des commandes publiques à taille humaine, dans la continuité d’une pratique engagée qui refuse l’architecture spectacle pour privilégier le soin, la sobriété et la justesse des usages.

Installé depuis 2019 dans un ancien bar transformé en atelier sur une place de quartier, l’Atelier est à la fois un lieu de travail et un espace ouvert à la discussion, aux conseils et à l’accueil des habitant·es. Composé aujourd’hui de son fondateur et d’un collaborateur salarié depuis 2022, il valorise la dimension collective de l’acte de construire en intégrant systématiquement maîtrise d’ouvrage, artisans, bureaux d’études et autres intervenants dans un processus collaboratif. Cet intérêt pour la transmission et la pédagogie autour des processus de projet se confirment par de nombreuses contributions en école d’architecture qui témoignent d’une volonté de s’engager durablement dans le domaine de l’enseignement.

L’Atelier du Ralliement distille une philosophie de l’architecture qui vise à construire moins mais mieux, à révéler la beauté discrète de l’existant, à replacer au cœur du projet les savoir-faire des intervenant·es et à favoriser la transmission, pour des transformations sobres, désirables et durables.

Texte de Jean Favreau
Photo de Vincent Jacques