Frères et architectes, Simon et Pierre Arnou ont fondé leur agence en 2019 autour d’une conviction forte : l’architecture est déjà là. Leur terrain d’intervention est celui du bâti existant, dans toute sa diversité : caserne désaffectée, usine en friche, fort militaire, ancien hôpital. Chaque lieu, chargé d’histoires, devient pour eux un support d’exploration, un potentiel à révéler. Face aux défis climatiques, sociaux et territoriaux, leur posture est claire : intervenir avec mesure, dans le respect du lieu et des ressources, pour prolonger la vie des bâtiments sans les figer. Travailler dans l’existant est pour eux une évidence, une manière responsable de faire architecture aujourd’hui : construire moins, mieux transformer.
Leur approche est diagnostique plutôt que stylistique. Chaque projet naît d’un regard précis sur ce qui est là : qualités, matériaux, orientations, usages possibles. À travers ce regard, ils définissent des stratégies simples, souvent discrètes, toujours pensées pour durer. Leur architecture ne cherche pas l’effet, mais l’équilibre. L’architecture est pour eux un acte collectif dont le duo fraternel est le socle. Leur complicité professionnelle repose sur des trajectoires complémentaires : diplômés de l’ensa Nantes et de l’ensa Bretagne, l’un formé à l’artisanat via le compagnonnage puis au patrimoine via Chaillot, l’autre formé à la rigueur Suisse et aux pratiques de concours. Ensemble, ils élaborent une posture professionnelle à la fois critique et constructive, nourrie d’une culture du bâti, d’un goût pour le détail, d’un sens de la responsabilité.
La matière est au cœur de leur démarche. Ils privilégient les matériaux peu transformés, locaux, biosourcés, issus du réemploi quand cela est possible. À Nantes, les cheminées en briques d’une ancienne caserne, menaçant ruine, sont concassées et utilisées pour former un béton de site à l’identité singulière. À Angers, des murs en moellons sont isolés par des fibres végétales, respectueuses de la respiration des murs. Au Fort de Cormeilles, le robinier, espèce invasive, devient ressource, débité sur place et utilisé dans le projet.
La frugalité technique guide leur conception. Les Arnou s’éloignent du solutionnisme technologique pour privilégier des dispositifs passifs dont l’inertie ou la ventilation naturelle. Mais leur frugalité ne rime jamais avec austérité : elle se double d’une générosité spatiale, d’un sens aigu du confort et des usages. À Clermont-Ferrand, ils profitent de la réhabilitation de l’Hôtel-Dieu pour offrir à tous les logements un espace extérieur inédit, transformant la distribution en atout architectural.
Être architecte, pour eux, c’est aussi transmettre et dialoguer. Le chantier devient une étape centrale du projet : un moment d’apprentissage mutuel et d’ajustement collectif. Ils défendent une mission complète comme condition d’une œuvre bien menée, du premier relevé jusqu’à la dernière pierre.
Chez Arnou architectes, chaque projet devient un palimpseste. L’intervention contemporaine y trouve sa juste place, en respectant les précédentes vies du cadre bâti tout en apprêtant celles à venir. Le duo d’architectes ne cherche pas à signer des gestes mais à laisser des empreintes humbles, et profondément maîtrisées. Lauréats des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes 2023 (AJAP), Simon et Pierre Arnou appellent à une architecture responsable où chaque trait de crayon engage un avenir. Ainsi, leur travail affirme que faire architecture aujourd’hui, c’est aussi savoir ne pas faire, c’est œuvrer à prendre la mesure de ce qui préexiste pour ajuster l’acte de bâtir.
Texte de Pauline Ouvrard
Photo de Vincent Jacques


