L’usine Savaton-Hamard, érigée en 1871, porte en elle la mémoire de ses multiples vies. Manufacture de chaussures, orphelinat, centre d’apprentissage, atelier de peinture, service municipal du patrimoine… Chaque usage a laissé ses traces dont les frères Arnou choisissent d’écouter le passé sans nostalgie. Ils proposent d’intervenir en experts attentifs, convaincus que tout projet authentique commence par une lecture profonde et respectueuse du déjà-là.
Le programme vise à transformer ce site historique en un ensemble de 39 logements, répartis entre l’usine elle-même, ses abords, et un ancien hôtel particulier. L’intervention d’Arnou architectes démontre la singularité de leur manière de faire : travailler avec les potentialités de l’existant, révéler les qualités spatiales sans jamais les dénaturer.
Les grandes baies vitrées, la trame régulière des structures, la généreuse hauteur sous plafond motivent la création d’espaces traversants, lumineux et généreux. La lumière n’est pas un simple élément, elle est traitée comme une matière première, autour de laquelle s’organisent les logements, suivant la course du soleil : du nord calme au Sud ouvert sur le jardin. La distribution intérieure se réinvente par l’ajout d’une coursive extérieure en serrurerie, en écho aux quais de chargement d’antan. Ce n’est pas un simple ajout fonctionnel, mais un élément architectural à part entière.
Elle dialogue avec l’existant, sans chercher à trancher par un contraste brutal, incarnant une hybridation subtile entre héritage et contemporanéité. En complément, le pignon aveugle est recomposé pour redonner un sens à un volume qui eut été tronqué avec brutalité. Là encore, le projet évoque ce qui a disparu, préférant la suggestion à la reconstitution.
Par ce projet, les frères Arnou ne cherchent pas à imposer une signature spectaculaire. Leur ambition est que l’intervention se fonde naturellement dans le lieu, au point qu’un visiteur peine à distinguer leur intervention de l’existant. Le jardin incarne cette démarche : structuré autour de la mémoire du cloître disparu, il devient un espace partagé, un paysage habité. L’architecture s’écrit dans les interstices du temps long, avec une justesse et une discrétion qui honorent la mémoire du lieu tout en l’inscrivant dans l’avenir.








